Les garde-fous qu’on installe pour nos enfants, on oublie de se les appliquer ! Mettre des garde-fous pour l’IA ne devrait pas s’arrêter à la sortie de l’école.

Yanik Tremblay
Associé - VP Pratique CIO augmenté

METTRE DES GARDE-FOUS POUR L’IA 

La rentrée 2026 n’est pas comme les années précédentes: Google, Microsoft, OpenAI et Anthropic déploient leurs assistants dans les écoles de dizaines de pays. Natasha Singer, du New York Times, rappelle pourtant que presque aucune étude sérieuse ne montre qu’ils améliorent les résultats, et que plusieurs pointent un recul de la pensée critique.

D'où sa question : outil d'apprentissage, ou béquille en classe faute d'encadrement ?

Plusieurs pays posent des garde-fous. New York bannit l’IA pour un an chez les plus jeunes. L’Estonie va plus loin: un assistant qui questionne l’élève au lieu d’effectuer le travail à sa place, et une ministre qui revendique des garde-fous contre la perte des capacités cognitives.

Le réflexe est sain. On l’arrête à la porte de l’école. Pourquoi ?

Le dirigeant inquiet pour son ado ouvre le lendemain le même outil, sans règle, pour une note, une décision. La dépendance qu’on redoute pour un cerveau de quinze ans s’installe aussi bien chez un cadre de quarante-cinq, sans surveillance.

Le vrai enjeu n'est pas générationnel. Il est organisationnel.

La compétence à préserver, ce n’est pas l’usage de l’IA, c’est la capacité de s’en passer.

En entreprise, la dépendance s’installe par petites délégations. D’abord la rédaction, puis l’analyse, puis le jugement: accepter ou rejeter ce que la machine propose. C’est là le côté obscur de la facilité: on ne bascule pas d’un coup, on glisse, cédant ses moyens un à un, jusqu’à ne plus retrouver sa créativité ni sa débrouillardise le jour où il faut faire sans. Une équipe TI, par exemple, qui ne contesterait plus l’outil cesserait de décider.

L’UNESCO pose la question sous un autre angle. Il stipule qu’utiliser un robot conversationnel n’apprend rien. Alors que le besoin de comprendre ce que sont ces outils et ce qu’ils nous font, devient essentiel sur le long terme. Cette vision s’applique tout autant pour les organisations. Former ses gens aux prompts ne sert à rien et l’évolution des modèles engendrent un cycle d’apprentissage constant. Par contre, on pourrait dire que « qui garde la main celui qui sait où l’IA accélère sans risque et où elle glisse une erreur » sera en meilleure posture. Voilà tout l’enjeu d’encadrer l’IA sans la subir.

Sans contredit, l’IA fait gagner du temps. Mais la valeur d’une organisation n’a jamais tenu dans sa vitesse d’exécution mais davantage dans les questions qu’elle pose, dans sa capacité de jugement et de prise de décisions, une part qui demeure humaine et qui justifie, à elle seule, de baliser l’usage de l’IA.

Dans la prochaine décennie, nous pouvons nous demander quelle organisation sortira gagnante : celle qui aura gardé sa capacité de fonctionner sans l’IA ou celle qui l’aura laissée occuper le terrain jusqu’à ne plus savoir faire autrement ? La première aura mis des garde-fous; la seconde aura mis l’IA aux commandes.

Ne devrions-nous pas outiller sans déléguer la réflexion, accélérer sans déléguer le jugement, adopter l’IA sans désapprendre à s’en passer ? Voilà, très concrètement, ce que signifie mettre des garde-fous pour l’IA en entreprise.

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